Évidemment, on ne parle pas ici de LA femme, celle qu'on ne voit qu'en couverture des magazines, celle qui, quasi nue, attend toujours le bus, celle qui fait fantasmer les hommes - et les femmes - depuis la nuit des temps... Cette femme-là, fatale et sublime, est presque une image, un absolu, l'incarnation d'un désir : c'est la statue de Pygmalion qui se fait chair, c'est le mythe B.B., c'est Lara Croft qui sort de l'écran ! Non... on parle de la « femme de » : bref, de l'épouse...
Version chic (cravate et robe du soir) : « Je vous présente mon épouse. » Équivalent familier (avec geste de la main) : « Ma femme. »
Épouse, femme. Ces termes sont déclarés synonymes par les liens du mariage ; c'est par leur fonction dans le couple que l'épouse et la femme se distinguent. L'une a l'époux ; l'autre, le mari. La première se cantonne à son rôle de promise (« épouser » est issu du latin spondere, « promettre ») ; la seconde voltige du lit conjugal au berceau (« femme » vient du latin femina qui avait le sens de « femelle d'animal » avant de désigner l'être humain de sexe féminin, puis l'épouse : femina se rattache à la racine indoeuropéenne °dhe-, « téter »). Le mot « épouse » marque l'engagement social ; le mot « femme » est lié à la qualité physique. L'épouse brille en société ; la femme s'accouple, reproduit et donne le sein. L'épouse écarte les rivales ; la femme, les jambes (et les bras).
Il y a dans « épouse » et « époux » l'affirmation d'une (l)égalité : ces deux-là se répondent comme un conjoint à l'autre - l'épouse est la compagne de l'époux, sa légitime, en un mot : sa moitié. « Femme » et « mari » sont plutôt dans un rapport de force : ces deux-là s'appartiennent comme un valet à un maître. Respect ; soumission. L'épouse est choyée ; la femme est battue - lorsque c'est l'homme qui est soumis, c'est une « femmelette »... Mieux vaut avoir un époux qu'un mari !
« Femme », contrairement à « mari », n'exprime pas l'idée du mariage : c'est peut-être pour cette raison que la femme se sent parfois pousser des ailes... L'épouse est fidèle - on dit d'elle que « c'est une bonne épouse » (à ne pas confondre avec une « bonne femme ») ; c'est toujours la femme qui est volage - le cocu s'écrie : « Ma femme me trompe ! » (c'est pourtant... l'épouse qui a juré fidélité.) La femme défait ce que l'épouse a fait. La femme prend un amant ; l'épouse, un avocat.
Les sentiments dans tout ça ? L'épouse se marie avec l'âme soeur ; la femme épouse le mâle. Esprit ; corps. L'amour est dans le terme qui pourrait concilier les deux dames.
Enfin, on s'étonne du cérémonial :
- Mademoiselle Y, voulez-vous prendre Monsieur X pour époux ?
- Oui, je le veux.
- Monsieur X, voulez-vous prendre Mademoiselle Y pour épouse ?
- Oui, je le veux.
- Je vous déclare mari et femme.
Ainsi le mariage serait-il biaisé dès sa célébration : on vous annonce un époux, on vous impose un mari ; on vous promet une épouse, on vous donne une femme ! Vous espériez des « Félicitations aux époux ! », vous recevez des « Vive les mariés ! ».
L'épouse fait la promesse ; la femme la tient - ou pas.
Version chic (cravate et robe du soir) : « Je vous présente mon épouse. » Équivalent familier (avec geste de la main) : « Ma femme. »
Épouse, femme. Ces termes sont déclarés synonymes par les liens du mariage ; c'est par leur fonction dans le couple que l'épouse et la femme se distinguent. L'une a l'époux ; l'autre, le mari. La première se cantonne à son rôle de promise (« épouser » est issu du latin spondere, « promettre ») ; la seconde voltige du lit conjugal au berceau (« femme » vient du latin femina qui avait le sens de « femelle d'animal » avant de désigner l'être humain de sexe féminin, puis l'épouse : femina se rattache à la racine indoeuropéenne °dhe-, « téter »). Le mot « épouse » marque l'engagement social ; le mot « femme » est lié à la qualité physique. L'épouse brille en société ; la femme s'accouple, reproduit et donne le sein. L'épouse écarte les rivales ; la femme, les jambes (et les bras).
Il y a dans « épouse » et « époux » l'affirmation d'une (l)égalité : ces deux-là se répondent comme un conjoint à l'autre - l'épouse est la compagne de l'époux, sa légitime, en un mot : sa moitié. « Femme » et « mari » sont plutôt dans un rapport de force : ces deux-là s'appartiennent comme un valet à un maître. Respect ; soumission. L'épouse est choyée ; la femme est battue - lorsque c'est l'homme qui est soumis, c'est une « femmelette »... Mieux vaut avoir un époux qu'un mari !
« Femme », contrairement à « mari », n'exprime pas l'idée du mariage : c'est peut-être pour cette raison que la femme se sent parfois pousser des ailes... L'épouse est fidèle - on dit d'elle que « c'est une bonne épouse » (à ne pas confondre avec une « bonne femme ») ; c'est toujours la femme qui est volage - le cocu s'écrie : « Ma femme me trompe ! » (c'est pourtant... l'épouse qui a juré fidélité.) La femme défait ce que l'épouse a fait. La femme prend un amant ; l'épouse, un avocat.
Les sentiments dans tout ça ? L'épouse se marie avec l'âme soeur ; la femme épouse le mâle. Esprit ; corps. L'amour est dans le terme qui pourrait concilier les deux dames.
Enfin, on s'étonne du cérémonial :
- Mademoiselle Y, voulez-vous prendre Monsieur X pour époux ?
- Oui, je le veux.
- Monsieur X, voulez-vous prendre Mademoiselle Y pour épouse ?
- Oui, je le veux.
- Je vous déclare mari et femme.
Ainsi le mariage serait-il biaisé dès sa célébration : on vous annonce un époux, on vous impose un mari ; on vous promet une épouse, on vous donne une femme ! Vous espériez des « Félicitations aux époux ! », vous recevez des « Vive les mariés ! ».
L'épouse fait la promesse ; la femme la tient - ou pas.
Extrait de Un bouquin n'est pas un livre, Paris : Seuil, 2006. 184 p. (Points : le goût des mots ; P1548)

Joli texte que celui ci, je serai bien curieuse de lire la suite de ce livre cela me donne envie ....Il faut être bien réveillée mais belle gymnastique...
Bonne journée Céline !