On avait connu notre premier flirt avec les Poitevins de TANEN voilà de ça deux ans avec "Fragments", premier effort justement acclamé. Un cap du premier album prometteur tranquillement franchi avec "Déviances", qui sans vraiment bouger les meubles montre un groupe plus mature, aguerri mais prêt à repartir au front. Parce que la première chose qui frappe à l'écoute de "Déviances", c'est que les Poitevins ont pris du biceps, les titres sonnant bien plus musculeux (plus BOTCHesques même) et impétueux qu'auparavant.
Musicalement, on est donc en présence d'un disque plus peaufiné, plus ambitieux (tel "Rien", gros morceau bien épique de 13 minutes aux 2/3 de l'album), la base CONVERGE/ENVY/CULT OF LUNA s'est affinée, les influences moins marquées, moins palpables. Si sur "Fragments", les quelques passages où le chant se radoucissait pouvait faire tiquer, il n'en est plus rien ici, non pas qu'ils soient passés à la trappe, juste qu'ils sonnent mieux travaillés. Y'a même des errements murmurés à la Chino Moreno, c'est que le gaillard a gagné en souplesse vocale en deux ans. Sur les parties hurlées également, avec des envolées fréquemment à la limite de la rupture, même si sur des titres comme le final du titre éponyme il a tendance à en faire des caisses. On notera également la contribution vocale et textuelle de Milka de MY OWN PRIVATE ALASKA et ex-PSYKUP, sur "Charge" mais les timbres et le style vocal étant relativement proche dans les aigus, l'évidence ne sautera pas aux oreilles.
Un judicieux compromis entre violence sourde et échappées lumineuses, entre agression et spleen, qui nous rappellera au bon souvenir des défunts rosbifs d'EDEN MAINE. TANEN, avec ce second album, démontre qu'il est encore possible de faire quelque chose de personnel à partir d'influences goûtues longuement mâchées puis digérées. De par certains aspects """""secondaires"""" (textes - ici toujours trop... poético-épiques pour moi? - , esthétique), on songera à leurs collègues de label de CELESTE, avec des visuels toujours aussi soignés ce coup-ci, signés Rik Garrett. Niveau production, l'artillerie lourde a une nouvelle fois été déployée, avec un enregistrement "à domicile" aux studios de la Nef de Poitiers, mixé par Alex Newport de feu-Fudge Tunnel et Nailbomb, et masterisé par Scott Hull de Pig Destroyer/Agoraphobic Nosebleed. Bref, du beau boulot, à tous points de vue, et un groupe qui est loin de se planquer derrière cet attirail, puisque scéniquement, ça latte. Déjà une valeur sûre.
"Tanen
makes titanic forward strides with Deviances while retaining their
core aggro-tech identity as defined on fragments . Deviances is a
launching pad into dual guitar atmospheric textures teetering between
control and wild abandon over a lock groove backline and manic
vocalizations." Rennie
Tanen. Quintet de guerriers assoiffés. Crachent et hurlent la colère.
La colère d’un monde en péril. Que même son créateur
ne veut sauver. Crachent et hurlent la haine. La haine qui anime l’Homme.
Et qui pervertit nos enfants innocents. Crachent et hurlent. Sous une
pluie de mélodies mélancoliques. Les rythmes effrénés
d’une dramaturgie inconsolable. Animation de notre quotidien. Belligérance.
Mensonge. Déviance. Ecorchent l’abîme des ces cavaliers immaculés.
Pour les transformer en de véritables soldats salutaires. Les yeux
bandés. Guidant ainsi sur des chantiers brûlés de
perversité. Les plus téméraires d’entre nous. Vers
un monde franc mais écorché. Inguérissable. Car ici
règnent en maître. Chaos. Désolation. Néant.
Tanen. Quintet de guerriers assoiffés. Crachent et hurlent les
déviances. Les déviances de l’Homme. Tels des tableaux animés.
Par la haine et le sang.
De Fragments en Déviances... deux ans après un premier effort corrosif et ravageur, le hardcore destroyer poitevin de Tanen
revient dans les lecteurs CD faire cramer les enceintes et emmerder les
voisins. Noir, brutal, corrosif, le groupe envoie du gros son dès le
premier titre, le bien nommé "Horde" engagé dans une traque ultime,
primale, sans concession. Il est ici question de vie ou de mort. Mais Tanen
est une bête enragée et sa musique, d'une férocité sans nom. Imparable.
Sur "Bitume", les Poitevins flagellent, encastrent leurs riffs dans les
amplis, déstructurent, restructurent et arrosent les tuyaux d'un
bruyant cocktail de HxC technique mâtiné de screamo éruptif et de
textes virulents qui remettent clairement les idées en place (et en
Français s'il vous plaît...).
Saigneurs de la guerre, les Tanen
ébrèchent les tympans et passent maîtres jedi dans le démembrement
auditifs, la coercition mentale à coup de morceaux sur-tendus capables
de cautériser n'importe quelle plaie auditive pourtant béante et au
passage causée par le titre précédent. Dans ce registre-là, on a
rarement eu mieux entre les tympans ; et comme s'il fallait un peu plus
appuyer ce constat, le groupe nous sert une "Litanie des cendres" sur
des charbons ardents. Une déflagration métallique aux atmosphères
malsaines, aux effluves hardcore prégnantes et oppressantes... qui
trouve un écho plus frontal dans une "Charge" héroïque, puis cette
"Déviance" toute en décadence égrenée par quelques samples torturés
dans lesquels on s'immerge complètement pour tutoyer de près les
tréfonds de la condition humaine.
Quelque part entre Converge, Celeste, Time to Burn et Comity, "Rien" une lente descente vers les enfers initiée par Tanen
s'étend sur un morceau dépassant les 13 minutes, un titre fleuve,
exsudant cette douleur épidermique qui fait la marque de fabrique du
groupe depuis deux albums, entre poésie du chaos et éloge de la
désolation avant un final post-hardcore de haute volée. Du sang et des
larmes... avec haine et violence, le quintet poitevin enfonce un peu
plus les clous dans la chair avec "Molosse" et sa mécanique rythmique
aussi précise que cinglante, puis l'"Homme en gris" avant de conclure
sur un "Sourire masque à gaz" à l'ironie acide. Si peu à redire sur ces
Déviances
à l'artwork inspiré autant d'un point de vue artistique que marketing
(puisqu'il a notamment heurté le puritanisme néo-conservateur à la
française) sinon que c'est une éclatante réussite. Et après un premier
brûlot à haute teneur en violence sous-durale, ce deuxième album
confirme Tanen-là deviendra grand. Pourvu que cela suive derrière...