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Francois Beranger

Il y a 8 ans je partais rejoindre mes arbres...

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MORCEAU À LA UNE
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Sortie: 10 nov. 2009
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Infos générales

  • Genre : Chanson française

    Lieu Ile-de-France, Fr

    Affichages : 68878

    Dernière connexion : 26/07/2011

    Membre depuis 13/02/2007

    Site Web http://www.msplinks.com/MDFodHRwOi8vd3d3LmZ1dHVyLWFjb3VzdGljLmZy

    Label Futur Acoustic

    Type de label Indépendant

  • Bio

    .. .. .. .... .. .. .. .. .... .. .. Ils n’ont pas tous un smoking blanc, les chanteurs qui veulent réussir, mais on les voit généralement souples, jolis, affables..... Presque tous possèdent au moins une de ces qualités, sauf François Béranger. Lui n’est pas natif d’Alençon, ni du Puy, ni même lauréat du Petit Conservatoire de Mireille. On suppose qu’il s’est trouvé sur scène par erreur, n’étant venu là, à ce qu’on dit, que pour réparer la chaudière. Il pisse froid sur les qu’en dira-t-on du métier..... Béranger est une sorte de Bruant métallurgiste à l’heure du casse-croûte. Voyez-le : il sort de sa poche, comme un sandwich, une Tranche de vie dont l’analyse montrera d’ailleurs qu’elle contient beaucoup trop de considérations vachardes sur l’école, le travail, la banlieue, la guerre d’Algérie, les flics, la société, ...etc, pour être vraiment digeste. De plus, la manière dont il vient, déballe son sac et s’en va, sans courbettes ni plateau d’argent, démentira la rumeur selon laquelle il pourrait avoir une formation marketing ou VRP..... On ne sait donc pas très bien qui il est, ce chanteur raide, si peu rossignol, et pourtant les jeunes qui le découvrent à la fête de Libé dégustent la Tranche et demandent du rab’. Au moins, pensent-ils, voilà un mec qui parle vrai. Faut dire qu’ils en ont ras-le-bol de la Chantilly, les jeunes, et qu’eux-mêmes se demandent plus souvent à quoi ça sert de vivre et tout..... C’est ce qu’il y a de brutalement élémentaire chez lui qui plaît, qu’il dise ce qu’il pense sans avoir l’air d’un chanteur. Il ne fait pas « métier », Béranger, (le métier le lui fera savoir, et même plus tard, les puristes qui lui reprocheront ses cachets). Sa guitare est primaire, en tout cas pas feeling pour un sou. Quand il chante, sa mise en scène se réduit au minimum vital, on dirait vraiment le technicien qui décrit, mais un peu hargneusement, le fonctionnement de la chaudière sus-dite. Enfin, côté rythme, bien que Béranger swingue comme un compteur à gaz, on admet généralement, au relevé de la consommation, qu’on en a pour son argent..... Par contraste, ce qu’il chante n’en paraît que plus pointu, couteau, amour secret, émeri, vécu, humour en coup de fouet, audace, vérité. Ca dissout la gomina, ça gratte le vernis. Pas étonnant que dans la vigueur de ce langage dépouillé, un public bigarré trouve les protéines-choc nécessaires à la combustion de son idéalisme ou de son militantisme. D’abord parce que Béranger revendique l’originalité au nom de chacun (réprimez-moi si vous voulez à cause de mes cheveux trop longs, vous n’aurez pas ma fleur, fleur cérébrale et fleur de coeur), ensuite parce qu’il exprime sans fioriture les soucis collectifs : la magouille des puissants, la lutte des générations, l’alternative, le monde qui change..... Etre Béranger, c’est forcément déranger. Si les radiés le trouvent radieux, les média le trouvent médiocre. Une bonne partie de la presse le vomit : ringard , insipide, besogneux, rétro, amer, gauchiste, éructe-t-elle. Lui-même, pour faire bonne mesure, rajoute « débile et pas gai ». Manifestement, son humour ne passe pas partout, en tout cas pas à la radio. Quant à la télé : depuis qu’un soir, j’ai pissé sur ma télé tellement c’était chouette et bien sûr, toute l’électricité m’est passée dans la quéquette, la télé lui renvoie la politesse. D’autant plus facilement que, faute de ce que vous pensez, elle ne court pas grand risque côté retour..... On accuse aussi Béranger d’être un rectangle de béton. Erreur. Un tel parallélébipède (homme qui marche sur un chemin parallèle) ne peut être que fleur bleue. « Une petite fleur dans une peau de vache », ce pourrait être Béranger vu par Brassens. Fleur de coeur, celle qui pousse à l’intérieur. Bien cachée dedans, sauf quelques pétales qui dépassent à l’intention de Rachel, de Natacha ou d’Anastasie, de l’indien, de l’immigré ou du paumé, des bonheurs volés à la mort quotidienne..... Bon... alors disons qu’il s’est fait un personnage rugueux et qu’il le commercialise, pas vrai ? Faux. Les ciseaux à bois de Béranger ne lui ont pas servi à tailler sa propre et impérissable statue de Géronimo du Music-hall, mais à faire sauter les copeaux qui le paralysaient. Car il avait les copeaux, Béranger, sous ses airs impavides. Maintenant plus. Les musiciens sont venus, la musique est entrée en lui et l’a consolidé. Il respire. Jusqu’alors un peu rêche et assénant, il s’assouplit. Joue pas avec mes nerfs, mais les nerfs de viennent les cordes d’une harpe. Son Article sans suite marque une sorte d’envol, de séparation d’avec la terre (mais sans la quitter des yeux), de séparation d’avec les mots de la terre... Retournés par le système des beaux et hauts-parleurs, les mots font boomerang : les autres te les renvoient sur la gueule comme des juges. Alors, moins de discours et de fleur cérébrale, mais plus de peau, de souffle, de rythme, de caresse, de ventre, de larmes, de musique. La musique aussi est politique. Politique de dépassement et d’amour, universelle pulsation vivante au-delà du verbal..... La secrète richesse humaine de Béranger s’épanouit dans cet échappement aux mots qui nous piègent..... La preuve : je n’ai pas trouvé moi-même exactement ceux qu’il aurait fallu pour le dépeindre. ....C’est bon signe. Ca veut dire qu’il est de ceux qui se font un nom propre sur l’insuffisance des noms communs..... ..Lucien NICOLAS... ........ .. ..Autodidacte tendre et libertaire: François Béranger, disparu en octobre 2003, était un des symboles de l’après Mai 68. Longtemps mis à l’index par les médias, il a su mener une carrière parallèle en ralliant un public fidèle et sensible à ses révoltes contre les injustices... .... François Marie Béranger voit le jour le 28 août 1937 à Amilly, un village où vivent ses grands-parents maternels près de Montargis, dans le Loiret. Les parents de François habitent Suresnes, dans la banlieue Ouest de Paris, pas très loin des usines Renault de Billancourt. André, le père, y est tourneur et militant syndicaliste; Jeanne, la mère, couturière à la maison. Durant la guerre, les usines sont bombardées et André, quand il est démobilisé, emménage en famille dans un hôtel particulier de Boulogne où il dirige un centre de jeunesse et participe activement à la Résistance. Une ascension sociale consacrée à la Libération quand il est élu député à l’Assemblée Nationale. La scolarité de François Béranger se situe dans la bonne moyenne jusqu’à sa première dans un lycée parisien. Ressentant le besoin de se confronter à la vraie vie, il arrête brutalement ses études et devient ouvrier chez Renault, où son père, las de la carrière politique, est retourné, mais à la direction générale cette fois. ...... Les tortures de l’âme ...... Mais on ne s’improvise pas prolétarien quand on a étudié le grec et le latin. François Béranger le comprend vite et il rejoint une troupe de théâtre amateur, La Roulotte, où il chante pour la première fois en s’accompagnant à la guitare. Ils tournent en France et, dès que la troupe a réuni assez d’argent, voyagent en Europe. Au retour d’un périple en Grèce en 1958, François doit rejoindre les drapeaux et, comme la plupart des jeunes hommes de sa génération, fait son service militaire en Algérie. Affecté aux transmissions, il est profondément marqué par les dix-neuf mois passés là-bas, n’ignorant rien des sévices longtemps cachés commis par l’armée française. Seule joie dans cette difficile période, il profite d’une permission pour épouser Martine, enceinte de leur premier enfant. De retour au foyer fin 1960 pour assister à la naissance de sa fille Emmanuelle, il souffre du retour à la vie civile. Grâce à des rencontres, il entre à la toute puissante ORTF de l’époque, où il est tour à tout régisseur, chef de production et réalisateur. François Béranger semble avoir trouvé sa voie, son fils Stéphane agrandit le cercle familial, mais bientôt l’heure de la contestation va sonner. ...... Un grand enfant de Mai 68 ...... Plus âgé que la moyenne des contestataires (il a 31 ans), François Béranger se retrouve dans l’esprit de liberté qui règne alors dans les rues de Paris. Il ressort sa vieille guitare de La Roulotte et compose des chansons dans l’air du temps qu’il fait écouter à ses amis. L’un deux donne une cassette à la directrice artistique de CBS qui décide de signer l’inconnu pour cinq ans. En 1969 paraît un 45 tours atypique, composé d’une seule longue chanson sur les deux faces, Tranches de vie, un réquisitoire contre la censure et le manque de liberté ressenti par la jeunesse de l’époque. Un premier album sort l’année suivante, avec un de ses plus grands succès Natacha et d’autres titres qui évoquent le printemps de Prague, ses années à La Roulotte et d’autres cris de révolte. L’accueil est excellent, tant par les médias que chez le public. .... .. .. .... .. En 1971, François Béranger apparaît en première partie de Gilles Vigneault à Bobino, puis il surprend tout le monde avec Ça doit être bien, un album déconcertant où il est accompagné par un groupe de musiciens expérimentaux américains, Mormos. Sa maison de disques n’apprécie guère et les deux parties décident de divorcer à l’amiable. Si ce deuxième disque ne connaît pas un grand succès, François Béranger est pourtant très sollicité pour ses spectacles. Un nouveau groupe, Electrogène, l’accompagne désormais pour ces prestations dans toute la France. ...... Une carrière construite sur les routes ...... Sous le label Escargot, il sort son troisième album en 1974 où les folklores du monde l’inspirent, comme le Tango de l’ennui ou Rachel, sur une musique tzigane. François Béranger rencontre le guitariste Jean-Pierre Alarçen qui ne le quittera plus pendant cinq ans. Avec Gérard Cohen à la basse et Michel Bonnet à la batterie, le quatrième album sort avec les photos et les noms des quatre nouveaux compères sur la pochette, Le Monde bouge. Avec eux, il a trouvé l’équipe musicale dont il rêvait. Plus d’une centaine de dates par ans, les tournées de François Béranger font salle comble, malgré l’absence de l’artiste à la radio et à la télévision. Ses chansons ont un goût trop protestataire pour les programmateurs de l’époque. .... Alternative est le titre du cinquième album de François Béranger, avec la chanson Paris-Lumière qui occupe les 19 minutes de la face B. La collaboration avec Jean-Pierre Alarçen fonctionne à merveille, avec un album en public enregistré en 1977 où les plus anciennes chansons sonnent beaucoup plus électriques, et un nouveau 33 tours en 1978, Participe Présent. Pourtant, après une dernière série de concerts à l’Elysée-Montmartre, le guitariste part bientôt fonder sa propre formation et de nombreux admirateurs de François Béranger le regretteront. .... Avec des arrangements de Bertrand Lajudie, Joue pas avec mes nerfs, l’album de 1979, contient une chanson qui devient son plus grand succès populaire, Mamadou m’a dit. Dans la foulée, il participe à la création d’une association soutenant l’aide au retour créatif des travailleurs africains. L’intérêt des médias retombe l’année suivante avec un album aux titres-fleuves, Article sans suite. L’arrivée de François Mitterrand au pouvoir le déçoit bien vite et il le chante dès 1982, Le changement c’est quand, dans un album sorti en catimini par sa nouvelle et éphémère maison de production, RCA. ...... Un septennat sabbatique ...... Après le Printemps de Bourges en 1982, fatigué par les tournées qu’il a enchaînées pendant douze ans, François Béranger quitte le devant de la scène et traverse le désert à sa façon. Grand amateur d’aviation, il obtient le brevet de pilote qui lui permet de voler au même titre qu’un professionnel. Il ne revient qu’en 1989, avec son dixième album en studio Dure Mère, suivi par sa première tournée depuis sept ans. François Béranger reste toujours un chanteur marginal, jamais dans le système qu’il a toujours dénoncé dans ses chansons. Il connaît d’autres désillusions avec sa nouvelle maison de production rachetée par un grand groupe, quand il rencontre Antoine Crespin, du label Futur Acoustic, qui lui offre l’opportunité de rééditer l’ensemble de sa discographie, introuvable depuis longtemps, et de produire un nouveau CD reprenant quatre chansons de l’album Da capo, passé inaperçu en 82. ...... Dernières tranches de vie ...... .. .. .... .. En 1997, François Béranger s’entoure d’une nouvelle équipe sous la conduite du pianiste et arrangeur argentin Lalo Zanelli. Il fait sa rentrée parisienne au Trianon en novembre, après la sortie d’un nouvel album (Cactrus) et reprend la route pour une nouvelle tournée qui donnera lieu à un enregistrement en public l’année suivante. .... Souvent féroce (Canal 19, Je ne veux pas le savoir, Combien ça coûte), François Béranger sait aussi être tendre (Pour ma grand-mère, Natacha, Départementale 26). En 2002, il enregistre ..Profiter du temps.., son dernier album composé de chansons personnelles et se produit pour la dernière fois à Paris au Limonaire. En 2003, il enregistre un disque, 19 chansons de Félix (Leclerc), qui sortira après sa mort. Aujourd’hui, tous les albums de François Béranger ont été réédités et la jeune génération lui rend hommage, tel Sanseverino qui reprend son Tango de l’ennui. Une oeuvre qui témoigne d’un artiste à part, rebelle et tendre, qui s’est éteint le 14 octobre 2003, à la suite d’un cancer, à son domicile de Sauve dans le Gard. ........ .... ..
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Ils n’ont pas tous un smoking blanc, les chanteurs qui veulent réussir, mais on les voit généralement souples, jolis, affables.

Presque tous possèdent au moins une de ces qualités, sauf François Béranger. Lui n’est pas natif d’Alençon, ni du Puy, ni même lauréat du Petit Conservatoire de Mireille. On suppose qu’il s’est trouvé sur scène par erreur, n’étant venu là, à ce qu’on dit, que pour réparer la chaudière. Il pisse froid sur les qu’en dira-t-on du métier.

Béranger est une sorte de Bruant métallurgiste à l’heure du casse-croûte. Voyez-le : il sort de sa poche, comme un sandwich, une Tranche de vie dont l’analyse montrera d’ailleurs qu’elle contient beaucoup trop de considérations vachardes sur l’école, le travail, la banlieue, la guerre d’Algérie, les flics, la société, ...etc, pour être vraiment digeste. De plus, la manière dont il vient, déballe son sac et s’en va, sans courbettes ni plateau d’argent, démentira la rumeur selon laquelle il pourrait avoir une formation marketing ou VRP.

On ne sait donc pas très bien qui il est, ce chanteur raide, si peu rossignol, et pourtant les jeunes qui le découvrent à la fête de Libé dégustent la Tranche et demandent du rab’. Au moins, pensent-ils, voilà un mec qui parle vrai. Faut dire qu’ils en ont ras-le-bol de la Chantilly, les jeunes, et qu’eux-mêmes se demandent plus souvent à quoi ça sert de vivre et tout.

C’est ce qu’il y a de brutalement élémentaire chez lui qui plaît, qu’il dise ce qu’il pense sans avoir l’air d’un chanteur. Il ne fait pas « métier », Béranger, (le métier le lui fera savoir, et même plus tard, les puristes qui lui reprocheront ses cachets). Sa guitare est primaire, en tout cas pas feeling pour un sou. Quand il chante, sa mise en scène se réduit au minimum vital, on dirait vraiment le technicien qui décrit, mais un peu hargneusement, le fonctionnement de la chaudière sus-dite. Enfin, côté rythme, bien que Béranger swingue comme un compteur à gaz, on admet généralement, au relevé de la consommation, qu’on en a pour son argent.

Par contraste, ce qu’il chante n’en paraît que plus pointu, couteau, amour secret, émeri, vécu, humour en coup de fouet, audace, vérité. Ca dissout la gomina, ça gratte le vernis. Pas étonnant que dans la vigueur de ce langage dépouillé, un public bigarré trouve les protéines-choc nécessaires à la combustion de son idéalisme ou de son militantisme. D’abord parce que Béranger revendique l’originalité au nom de chacun (réprimez-moi si vous voulez à cause de mes cheveux trop longs, vous n’aurez pas ma fleur, fleur cérébrale et fleur de coeur), ensuite parce qu’il exprime sans fioriture les soucis collectifs : la magouille des puissants, la lutte des générations, l’alternative, le monde qui change.

Etre Béranger, c’est forcément déranger. Si les radiés le trouvent radieux, les média le trouvent médiocre. Une bonne partie de la presse le vomit : ringard , insipide, besogneux, rétro, amer, gauchiste, éructe-t-elle. Lui-même, pour faire bonne mesure, rajoute « débile et pas gai ». Manifestement, son humour ne passe pas partout, en tout cas pas à la radio. Quant à la télé : depuis qu’un soir, j’ai pissé sur ma télé tellement c’était chouette et bien sûr, toute l’électricité m’est passée dans la quéquette, la télé lui renvoie la politesse. D’autant plus facilement que, faute de ce que vous pensez, elle ne court pas grand risque côté retour.

On accuse aussi Béranger d’être un rectangle de béton. Erreur. Un tel parallélébipède (homme qui marche sur un chemin parallèle) ne peut être que fleur bleue. « Une petite fleur dans une peau de vache », ce pourrait être Béranger vu par Brassens. Fleur de coeur, celle qui pousse à l’intérieur. Bien cachée dedans, sauf quelques pétales qui dépassent à l’intention de Rachel, de Natacha ou d’Anastasie, de l’indien, de l’immigré ou du paumé, des bonheurs volés à la mort quotidienne.

Bon... alors disons qu’il s’est fait un personnage rugueux et qu’il le commercialise, pas vrai ? Faux. Les ciseaux à bois de Béranger ne lui ont pas servi à tailler sa propre et impérissable statue de Géronimo du Music-hall, mais à faire sauter les copeaux qui le paralysaient. Car il avait les copeaux, Béranger, sous ses airs impavides. Maintenant plus. Les musiciens sont venus, la musique est entrée en lui et l’a consolidé. Il respire. Jusqu’alors un peu rêche et assénant, il s’assouplit. Joue pas avec mes nerfs, mais les nerfs de viennent les cordes d’une harpe. Son Article sans suite marque une sorte d’envol, de séparation d’avec la terre (mais sans la quitter des yeux), de séparation d’avec les mots de la terre.
Retournés par le système des beaux et hauts-parleurs, les mots font boomerang : les autres te les renvoient sur la gueule comme des juges. Alors, moins de discours et de fleur cérébrale, mais plus de peau, de souffle, de rythme, de caresse, de ventre, de larmes, de musique. La musique aussi est politique. Politique de dépassement et d’amour, universelle pulsation vivante au-delà du verbal.

La secrète richesse humaine de Béranger s’épanouit dans cet échappement aux mots qui nous piègent.

La preuve : je n’ai pas trouvé moi-même exactement ceux qu’il aurait fallu pour le dépeindre.

C’est bon signe. Ca veut dire qu’il est de ceux qui se font un nom propre sur l’insuffisance des noms communs.

Lucien NICOLAS.



Autodidacte tendre et libertaire: François Béranger, disparu en octobre 2003, était un des symboles de l’après Mai 68. Longtemps mis à l’index par les médias, il a su mener une carrière parallèle en ralliant un public fidèle et sensible à ses révoltes contre les injustices.

François Marie Béranger voit le jour le 28 août 1937 à Amilly, un village où vivent ses grands-parents maternels près de Montargis, dans le Loiret. Les parents de François habitent Suresnes, dans la banlieue Ouest de Paris, pas très loin des usines Renault de Billancourt. André, le père, y est tourneur et militant syndicaliste; Jeanne, la mère, couturière à la maison. Durant la guerre, les usines sont bombardées et André, quand il est démobilisé, emménage en famille dans un hôtel particulier de Boulogne où il dirige un centre de jeunesse et participe activement à la Résistance. Une ascension sociale consacrée à la Libération quand il est élu député à l’Assemblée Nationale. La scolarité de François Béranger se situe dans la bonne moyenne jusqu’à sa première dans un lycée parisien. Ressentant le besoin de se confronter à la vraie vie, il arrête brutalement ses études et devient ouvrier chez Renault, où son père, las de la carrière politique, est retourné, mais à la direction générale cette fois.

Les tortures de l’âme


Mais on ne s’improvise pas prolétarien quand on a étudié le grec et le latin. François Béranger le comprend vite et il rejoint une troupe de théâtre amateur, La Roulotte, où il chante pour la première fois en s’accompagnant à la guitare. Ils tournent en France et, dès que la troupe a réuni assez d’argent, voyagent en Europe. Au retour d’un périple en Grèce en 1958, François doit rejoindre les drapeaux et, comme la plupart des jeunes hommes de sa génération, fait son service militaire en Algérie. Affecté aux transmissions, il est profondément marqué par les dix-neuf mois passés là-bas, n’ignorant rien des sévices longtemps cachés commis par l’armée française. Seule joie dans cette difficile période, il profite d’une permission pour épouser Martine, enceinte de leur premier enfant. De retour au foyer fin 1960 pour assister à la naissance de sa fille Emmanuelle, il souffre du retour à la vie civile. Grâce à des rencontres, il entre à la toute puissante ORTF de l’époque, où il est tour à tout régisseur, chef de production et réalisateur. François Béranger semble avoir trouvé sa voie, son fils Stéphane agrandit le cercle familial, mais bientôt l’heure de la contestation va sonner.

Un grand enfant de Mai 68


Plus âgé que la moyenne des contestataires (il a 31 ans), François Béranger se retrouve dans l’esprit de liberté qui règne alors dans les rues de Paris. Il ressort sa vieille guitare de La Roulotte et compose des chansons dans l’air du temps qu’il fait écouter à ses amis. L’un deux donne une cassette à la directrice artistique de CBS qui décide de signer l’inconnu pour cinq ans. En 1969 paraît un 45 tours atypique, composé d’une seule longue chanson sur les deux faces, Tranches de vie, un réquisitoire contre la censure et le manque de liberté ressenti par la jeunesse de l’époque. Un premier album sort l’année suivante, avec un de ses plus grands succès Natacha et d’autres titres qui évoquent le printemps de Prague, ses années à La Roulotte et d’autres cris de révolte. L’accueil est excellent, tant par les médias que chez le public.



En 1971, François Béranger apparaît en première partie de Gilles Vigneault à Bobino, puis il surprend tout le monde avec Ça doit être bien, un album déconcertant où il est accompagné par un groupe de musiciens expérimentaux américains, Mormos. Sa maison de disques n’apprécie guère et les deux parties décident de divorcer à l’amiable. Si ce deuxième disque ne connaît pas un grand succès, François Béranger est pourtant très sollicité pour ses spectacles. Un nouveau groupe, Electrogène, l’accompagne désormais pour ces prestations dans toute la France.

Une carrière construite sur les routes


Sous le label Escargot, il sort son troisième album en 1974 où les folklores du monde l’inspirent, comme le Tango de l’ennui ou Rachel, sur une musique tzigane. François Béranger rencontre le guitariste Jean-Pierre Alarçen qui ne le quittera plus pendant cinq ans. Avec Gérard Cohen à la basse et Michel Bonnet à la batterie, le quatrième album sort avec les photos et les noms des quatre nouveaux compères sur la pochette, Le Monde bouge. Avec eux, il a trouvé l’équipe musicale dont il rêvait. Plus d’une centaine de dates par ans, les tournées de François Béranger font salle comble, malgré l’absence de l’artiste à la radio et à la télévision. Ses chansons ont un goût trop protestataire pour les programmateurs de l’époque.

Alternative est le titre du cinquième album de François Béranger, avec la chanson Paris-Lumière qui occupe les 19 minutes de la face B. La collaboration avec Jean-Pierre Alarçen fonctionne à merveille, avec un album en public enregistré en 1977 où les plus anciennes chansons sonnent beaucoup plus électriques, et un nouveau 33 tours en 1978, Participe Présent. Pourtant, après une dernière série de concerts à l’Elysée-Montmartre, le guitariste part bientôt fonder sa propre formation et de nombreux admirateurs de François Béranger le regretteront.

Avec des arrangements de Bertrand Lajudie, Joue pas avec mes nerfs, l’album de 1979, contient une chanson qui devient son plus grand succès populaire, Mamadou m’a dit. Dans la foulée, il participe à la création d’une association soutenant l’aide au retour créatif des travailleurs africains. L’intérêt des médias retombe l’année suivante avec un album aux titres-fleuves, Article sans suite. L’arrivée de François Mitterrand au pouvoir le déçoit bien vite et il le chante dès 1982, Le changement c’est quand, dans un album sorti en catimini par sa nouvelle et éphémère maison de production, RCA.

Un septennat sabbatique


Après le Printemps de Bourges en 1982, fatigué par les tournées qu’il a enchaînées pendant douze ans, François Béranger quitte le devant de la scène et traverse le désert à sa façon. Grand amateur d’aviation, il obtient le brevet de pilote qui lui permet de voler au même titre qu’un professionnel. Il ne revient qu’en 1989, avec son dixième album en studio Dure Mère, suivi par sa première tournée depuis sept ans. François Béranger reste toujours un chanteur marginal, jamais dans le système qu’il a toujours dénoncé dans ses chansons. Il connaît d’autres désillusions avec sa nouvelle maison de production rachetée par un grand groupe, quand il rencontre Antoine Crespin, du label Futur Acoustic, qui lui offre l’opportunité de rééditer l’ensemble de sa discographie, introuvable depuis longtemps, et de produire un nouveau CD reprenant quatre chansons de l’album Da capo, passé inaperçu en 82.

Dernières tranches de vie




En 1997, François Béranger s’entoure d’une nouvelle équipe sous la conduite du pianiste et arrangeur argentin Lalo Zanelli. Il fait sa rentrée parisienne au Trianon en novembre, après la sortie d’un nouvel album (Cactrus) et reprend la route pour une nouvelle tournée qui donnera lieu à un enregistrement en public l’année suivante.

Souvent féroce (Canal 19, Je ne veux pas le savoir, Combien ça coûte), François Béranger sait aussi être tendre (Pour ma grand-mère, Natacha, Départementale 26). En 2002, il enregistre Profiter du temps, son dernier album composé de chansons personnelles et se produit pour la dernière fois à Paris au Limonaire. En 2003, il enregistre un disque, 19 chansons de Félix (Leclerc), qui sortira après sa mort. Aujourd’hui, tous les albums de François Béranger ont été réédités et la jeune génération lui rend hommage, tel Sanseverino qui reprend son Tango de l’ennui. Une oeuvre qui témoigne d’un artiste à part, rebelle et tendre, qui s’est éteint le 14 octobre 2003, à la suite d’un cancer, à son domicile de Sauve dans le Gard.


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